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5 erreurs de conversion d’unités qui ont coûté de l’argent réel

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5 erreurs de conversion d'unités qui coûtent vraiment cher

En septembre 1999, un vaisseau spatial de 125 millions de dollars atteignit Mars et se désintégra aussitôt. La sonde Mars Climate Orbiter avait parcouru 670 millions de kilomètres en neuf mois. Tout fonctionnait, sauf un détail : le logiciel qui calculait la poussée des propulseurs utilisait des livres-force-secondes tandis que l'équipe de navigation de la NASA s'attendait à des newton-secondes. Cette erreur d'un facteur 4,45 envoya la sonde 57 km dans l'atmosphère martienne au lieu de l'orbite prévue à 226 km.

Les erreurs de conversion d'unités ne sont pas de simples problèmes de cours de mathématiques. Elles détruisent des engins spatiaux, clouent des avions au sol, font sombrer des navires de guerre et envoient des patients à l'hôpital. Voici cinq cas documentés où se tromper d'unité avait un vrai prix à payer.

1. La sonde Mars Climate Orbiter de la NASA (125 millions de dollars, 1999)

Lockheed Martin a écrit le logiciel au sol qui suivait les tirs de propulseurs. Leur code produisait des données d'impulsion en livres-force-secondes. Au Jet Propulsion Laboratory de Pasadena, l'équipe de navigation importait ces données dans des modèles de trajectoire étalonnés en newton-secondes, la norme SI. Personne n'a détecté l'écart pendant les 286 jours de transit vers Mars.

Une livre-force est égale à 4,45 newtons. Chaque correction de cap sur ces neuf mois a amplifié l'erreur. La commission d'enquête a qualifié cela de « cause première » et a noté que les procédures de vérification existantes auraient dû signaler l'écart des mois plus tôt.

La sonde elle-même coûtait 125 millions de dollars ; le coût total de la mission, développement et exploitation compris, atteignait 328 millions. Vérifier que les deux équipes travaillaient dans les mêmes unités d'impulsion — livres-force-secondes contre newton-secondes — prend deux secondes avec une liste de contrôle. L'absence de cette étape a coûté à la NASA une sonde et des années de science planifiée.

2. Le planeur de Gimli d'Air Canada (quasi-catastrophe, 1983)

Le 23 juillet 1983, le vol 143 d'Air Canada est tombé en panne de carburant à 12 500 mètres d'altitude au-dessus de Red Lake, en Ontario. Les deux moteurs du Boeing 767 se sont arrêtés. Le commandant Robert Pearson a fait planer l'avion sans puissance sur 100 km jusqu'à une base aérienne désaffectée à Gimli, au Manitoba. Les 69 personnes à bord ont survécu.

Le 767 était l'un des premiers avions métriques d'Air Canada. Les jauges de carburant étaient hors service ce jour-là, si bien que l'équipage a calculé la charge manuellement. Ils avaient besoin de 22 300 kilogrammes de carburéacteur pour la liaison Montréal-Edmonton.

L'équipage a utilisé un facteur de densité de 1,77, correct pour les livres par litre, la norme sur tous les autres avions de la flotte. Mais le 767 exigeait des kilogrammes par litre : 0,803. Ils ont mesuré 7 682 litres dans les réservoirs, multiplié par 1,77, obtenu 13 597 et traité ce nombre comme des kilogrammes. Ils ont commandé 4 917 litres supplémentaires. L'avion est parti avec environ 10 100 kg, soit moins de la moitié de ce que la route exigeait.

La conversion entre livres et kilogrammes est bien documentée. Le problème était l'hypothèse, pas la difficulté : l'équipage a appliqué un nombre familier par automatisme sans vérifier quel système d'unités le nouvel avion utilisait.

3. Le navire de guerre Vasa (embarras national, 1628)

Le Vasa était un navire de guerre suédois de 64 canons qui a coulé lors de son voyage inaugural, le 10 août 1628. Il a parcouru environ 1 300 mètres hors du port de Stockholm avant qu'une rafale de vent ne le fasse gîter à bâbord. L'eau a envahi par les sabords ouverts. Il a coulé devant des milliers de spectateurs.

Lorsque les archéologues ont renfloué le Vasa en 1961, ils ont découvert que les règles utilisées par les charpentiers ne correspondaient pas. Les ouvriers d'un côté de la coque avaient utilisé le pied suédois (douze pouces). L'autre côté utilisait le pied d'Amsterdam (onze pouces). Le navire était asymétrique, plus lourd à bâbord.

Le Vasa était aussi trop chargé en hauteur par conception, avec trop de canons empilés haut. Mais les mesures incohérentes entre deux équipes de construction ont aggravé l'instabilité. Deux groupes construisant un seul navire, chacun supposant que son « pied » avait la même longueur, ont produit un bâtiment incapable de survivre à sa première traversée du port.

4. Erreurs de dosage médicamenteux (en cours, milliards par an)

Les exemples ci-dessus sont des défaillances spectaculaires et ponctuelles. Les erreurs de dosage médicamenteux surviennent tous les jours, et leur bilan cumulatif dépasse de loin n'importe quelle sonde spatiale.

L'Institut de médecine américain estimait qu'au moins 1,5 million d'erreurs médicamenteuses évitables blessent des patients aux États-Unis chaque année. La différence entre les milligrammes (mg) et les microgrammes (mcg) est un facteur de 1 000. Un pharmacien qui sélectionne « mg » au lieu de « mcg » dans un menu déroulant administre une dose mille fois supérieure à celle prévue.

Un cas documenté impliquait une pharmacie préparant une nutrition pour un nouveau-né. Un pharmacien a saisi la dose de zinc en milligrammes au lieu de microgrammes. L'erreur est passée à travers six membres du personnel sans être détectée. Le nourrisson a reçu une surdose mortelle. Les deux unités étaient des éléments adjacents dans un menu déroulant.

Les conversions de température comptent aussi en soins de santé. Une température corporelle de 39,5 C correspond à 103,1 F, soit une fièvre sérieuse. Vous pouvez vérifier cela avec notre convertisseur Celsius en Fahrenheit. Mal lire l'échelle d'un thermomètre ou omettre la conversion lors du transfert de dossiers entre systèmes peut retarder les décisions thérapeutiques.

5. Colomb et la mauvaise taille de la Terre (1492)

Colomb n'a pas découvert que la Terre était ronde. Les Européens éduqués le savaient déjà. Ce qu'il a mal estimé, c'est sa taille.

Il s'est fié à Al-Farghani, un astronome perse du IXe siècle qui avait mesuré un degré de latitude à 56,67 miles. Ce chiffre était exact. Le problème : Al-Farghani voulait dire des milles arabes, chacun d'environ 1 900 mètres. Colomb a supposé des milles romains, chacun d'environ 1 480 mètres. Cette méprise a réduit la Terre d'environ 25 %.

Son estimation finale plaçait la distance des îles Canaries au Japon à 3 080 milles nautiques. La distance réelle dépasse 10 000. Si les Amériques ne s'étaient pas trouvées sur le chemin, Colomb et son équipage seraient morts de soif quelque part dans le Pacifique.

Convertir entre unités de distance est aujourd'hui trivial. Une vérification rapide de kilomètres en miles ne demande aucun effort. En 1492, le problème n'était pas la paresse, mais l'absence d'unités standardisées entre les cultures. Chaque région avait son propre « mille ».

Ce que ces échecs ont en commun

Ces histoires couvrent 500 ans et des domaines aussi différents que l'exploration spatiale et la pharmacie. Trois schémas se répètent :

Les transferts entre équipes. La sonde Mars Orbiter a échoué à la frontière entre Lockheed Martin et le JPL. Le planeur de Gimli a échoué là où l'ancienne flotte d'Air Canada a rencontré son nouveau avion métrique. Le Vasa a échoué entre deux groupes de charpentiers. Chaque fois que des données franchissent une frontière, les unités doivent être confirmées explicitement.

La familiarité engendre des suppositions. L'équipage d'Air Canada avait calculé des charges de carburant des centaines de fois en livres. Le 767 était leur premier avion métrique. L'habitude a pris le dessus sur la procédure.

Les petites différences s'accumulent. L'erreur d'unité de Colomb était de 25 %. Celle de la sonde Mars Orbiter était d'un facteur 4,45. Aucune ne semblait dramatique sur un seul point de données. Sur des mois ou des milliers de kilomètres, les erreurs sont devenues catastrophiques.

Comment vous protéger

Vous ne naviguez probablement pas vers Mars. Mais vous convertissez peut-être une recette, lisez une ordonnance ou comparez des prix de carburant au Canada.

  1. Étiquetez tout. « 22 300 kg » est sans ambiguïté. « 22 300 » est une conjecture.
  2. Vérifiez lors des transferts. Lorsqu'un chiffre vient de quelqu'un d'autre, confirmez l'unité avant de l'utiliser.
  3. Utilisez un convertisseur. Que vous ayez besoin de litres en gallons pour le carburant, de Fahrenheit en Celsius pour la météo, ou de kilomètres en miles pour un voyage en voiture, cinq secondes de conversion valent mieux qu'une mauvaise supposition.
  4. Vérifiez le résultat. Un 767 n'ayant besoin que de 4 917 litres pour un vol transcontinental aurait dû éveiller des soupçons. Ce ne fut pas le cas.

La sonde Mars Climate Orbiter a disparu. Le planeur de Gimli a survécu grâce à la chance et aux compétences du pilote. Vous pouvez faire mieux que les deux en vérifiant les unités d'abord.


Sources : Rapport de la Commission d'enquête sur l'accident de la sonde Mars Climate Orbiter, phase I de la NASA (1999), Rapport du Bureau de la sécurité des transports du Canada (1985), Vasamuseet (Stockholm), Institute for Safe Medication Practices (ISMP), IEEE Spectrum, US Metric Association

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